Le web 2.0 selon Alexis Mons

Cofondateur et Directeur Associé de groupe Reflect, Alexis Mons blogue très régulièrement sur le web 2.0 depuis presque deux ans. C'est sous l'angle du changement social et sociétal et des processus d'innovation qu'il nous livre ici sa vision.

Qui êtes vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?


Je grenouille dans les technologies de l'information depuis 1995, Je suis cofondateur Directeur Associé de groupe Reflect, en charge des activités de conseil.
Le web 2.0 est un sujet de prédilection qui est venu tout naturellement en continuité d'un grand intérêt que je porte aux usages et aux changements induits par le développement de la Société de l'Information. Depuis presque deux ans, j'en suis à plus de 50 billets sur le sujet publiés sur le blog de groupe Reflect et ça ne s'arrête pas. D'où le fait que je sois un des initiateurs de ce blog.

Si vous deviez expliquer le web 2.0 à tout un chacun, qu’est-ce que vous diriez ?


Ce mot est apparu en 2004, dans des conférences portant sur l'évolution de l'internet, pour désigner le constat d'un renouveau des services web après le trou d'air de la "bulle internet" qui sanctionnait donc un "web 1.0". De fait, "Web 2.0", c'est le type même du mot valise, imparfait, un peu trop "marketing", mais finalement pratique pour désigner cette "renaissance", donc adopté.
Celle-ci est marquée d'une part par par une proportion dorénavant majoritaire d'internautes matures dans leurs usages parmi la population des pays développés, d'autre part par l'émergence d'une génération de nouveaux services en ligne qui savent profiter de cette maturité pour faire de l'utilisateur un acteur qui publie, donne son point de vue, échange, développe tout un catalogue de relations sociales avec ses proches et plus si affinités.
Aujourd'hui, il me semble qu'une grande confusion existe entre un web 2.0, étiquette marketing qualifiant une certaine génération de services clairement identifiés et l'idée de départ de O'Reilly, revisitation de l'idée première du net, vision de ce que devrait être le web.

Grossièrement, on dira que l'internet 1.0 restait médiatique. Les sites se "consultaient" comme on regarde la télévision et on consommait des services, ou on achetait des produits à distance, certes différemment en pratique, mais sans grand changement sur le fonds. Pas de grand bouleversement, donc.
Avec le web 2.0, l'internet devient enfin "social", conforme à la vision de ses fondateurs. Le contenu y est fait par les utilisateurs eux-mêmes, et ils s'en servent pour développer leurs propres relations sociales, faisant du réseau un élément de leur vie en société. Sur les sites marchands, ils donnent leur avis et leur avis compte quand ils sont pas eux-mêmes des marchands sur eBay par exemple. Techniquement, publier en ligne et avoir son site est à la portée de n'importe qui, ou presque.

Qu’est ce que représente le web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?


Globalement, le web 2.0 désigne un phénomène assez classique de démocratisation. Avant, publier du contenu, faire un site et le faire vivre était l'apanage d'une minorité savante ou agissante. Dorénavant tout cela est à la portée d'une masse d'utilisateurs dont le poids des usages pèse dorénavant sur la société elle-même. L'internet n'est plus un espace à part, il est au coeur de la société, il est en train de la faire bouger. Ce n'est pas une fin, c'est un début.

Le web 2.0 est au centre d'un tryptique composé de technologie, de modèles et d'usages.

En terme technologique, j'observe trois orientations connexes.
1/ le web 2.0 met l'accent sur un package de technologies identifiées, avec notamment XML, Ajax et RSS. Ce ne sont pas nécessairement des technologies nouvelles, mais elles ont visiblement atteint la maturité. Elles sont connues, diffusées, documentés,  faciles d'intégration, avec un bénéfice identifiables.
2/ elles s'inscrivent dans une certaine façon d'aborder les développements, avec une séparation stricte de la forme du fonds et des applicatifs (les fameuses API). À cela s'ajoute une gestion de projet plus agile. Tout cela cherche à gagner en souplesse, modularité et fait référence au développement distribué cher à l'open-source.
3/ les standards, sans qui les services Google et Yahoo! ne seraient rien et dont Firefox et le héraut. Un mouvement qui fait plus que s'affirmer, porté par le poids grandissant d'un open-source incontournable, ce qu'il n'était pas en 1998.

Les modèles me semblent un terrain extrêmement riche.
L'e-commerce a été peu marqué par la technologie en tant que telle, mais des théories comme la longue traîne y sont l'arbre qui cache la forêt. Entre une affiliation vraiment rémunératrice et les mashups, il y a de vrais révolutions en branle et dont il est un peu tôt de mesurer l'impact.
Ce n'est pas le cas de la monétisation de la production des utilisateurs, qui viennent échanger des contenus contre de la sociabilité et de la notoriété sur les services 2.0 et qui est le siège d'une nouvelle économie véritable de mon point de vue. Après quelques questions existentielles, on assiste actuellement à la découverte d'une rentabilité de ces modèles, ce qui ne lasse pas de surprendre son monde, ni susciter des débats vifs, tel celui du maoïsme numérique posé par Jaron Lanier, ou dans le domaine des médias, les questions posées par le "journalisme citoyen", autre mot-valise par ailleurs.
Les modèles, c'est aussi l'adoption de mode d'organisation en phase avec la société de l'information. Car le web 2.0 n'est qu'un paravent à l'affirmation de ce modèle productif et managérial. À ce niveau, les choses ne font que commencer et ne se font pas sans heurts.

Socialement, le fait est que le web est maintenant le terrain de jeu quotidien d'une majorité de gens dans les pays développés, des utilisateurs matures et exigeants, qui savent se saisir des outils que le réseau leur donne pour s'exprimer et s'organiser en réseau.
Des observateurs comme Howard Reingold ont montré depuis longtemps que les usages numériques modifiaient les rapports sociaux ainsi que certaines valeurs culturelles fondatrices. Les nouvelles générations se sont construites avec les outils numériques et le fait d'être connecté, elles nous amènent de nouvelles manière d'être soi et d'être ensemble qui vont nous secouer. Il faut être humble dans les pronostics que l'on peut faire à leur égard.
En tous les cas, une remise en cause profonde la société médiatique que nous avons connu est en marche, ce qui fait pronostiquer à certains la fin de la télévision (en 2043 paraît-il ?). Plus rien ne sera comme avant et plus rien n'est déjà comme avant dans la vie publique et politique. C'est le retour de l'opinion, de la "doxa" comme l'on redécouvert un certain nombre de penseurs, à contrario de la société des experts, nourrissant le vif débat entre république et démocratie qui agite les penseurs.

Le développement de la Société de l'Information est tel, dans la sphère économique autant que sociale, qu'elle transforme profondément la société tout court. Celle-ci est en train de réagir et l'ordre établit se défend, essaye d'endiguer le changement, selon une histoire archi-rebatue. Une phase de confrontation a commencée, comme cela se remarque en politique ou dans le domaine culturel, confère les débats houleux sur les droits d'auteurs ces derniers mois par exemple, ou en économie, avec quelques remises en cause spectaculaires de positions prétendument établies. Le web 2.0, c'est en fin de compte aussi l'affirmation d'un monde numérique sans complexe et conquérant.

Le web 2.0, et après ?


D'abord à court et moyen terme. Comme tout processus innovant, le web 2.0 est passé par une phase pionnière autant qu'existentielle, avec des débats passionnés sur sa définition et son sens. Nous en sortons et son appropriation dans le discours des poids lourds de l'informatique marque l'industrialisation du phénomène autant que celle de la constatation de résultats toujours moins magiques que les promesses formulées. Cela n'empêchera pas ce que représente le web 2.0 de faire l'objet d'une large adoption, mais à ce stade, ce sera un passage obligé et une banalité.

À long terme, je ne croît pas à un "web 3.0". La convergence des mode d'accès au réseau est en marche entre mobile, équipement informatique, sans parler des objets qui commencent à échanger entre eux. D'ailleurs les jeunes générations mixent les usages sans séparer les choses ni considérer qu'il y a dans les usages numérique quelque chose de nouveau. Nous raisonnons trop en segmenté. La frontière entre logiciel et services web tend à devenir de plus en plus floue et il en sera de même au niveau de l'accès au réseau.
Le futur du web, c'est de disparaître, de se fondre dans un fait appelé à être banal, celui d'être tout simplement connecté, partout ou presque, et d'utiliser des services dont on ne s'étonnera plus qu'ils soient distants. Il est par contre probable que la notion de réseau devienne plurielle, comme elle l'est déjà avec les réseaux P2P.

Pour le reste, le bouleversement de nos sociétés et de nos économies est en route et il est présomptueux de dire où cela va nous mener en terme social, culturel et sociétal. De grands bouleversements sont en marche et c'est génial d'avoir à les suivre de près.


Publié par Alexis MONS le lundi 13 novembre 2006 à 07:39
Lien permanent

 Trackback Pings


URL de TrackBack de cette note:
http://www.deuxzero.com/cgi/MT/mt-tb.cgi/32
Ci-dessous la liste des liens qui référencent Le web 2.0 selon Alexis Mons:

» Des envies de web 3.0, pour quoi faire ? from le blog de groupe Reflect

Ça va mieux en le disant, c'est ce que semble dire tout un tas de gens en ce moment, des gens qui s'ennuient dans un web 2.0 qui leur semble trop étroit ou derrière nous. Peut-être le débat est-il tout... [Lire la suite]

Trackée le novembre 13, 2006 1:50 PM



 Commentaires

Bonjour,

Moi qui ai pensé en lisant le début du billet "il va bientôt falloir qu'ils fassent aussi la version Dessine-moi le Web 3.0", j'ai été surpris par ton affirmation "À long terme, je ne crois pas à un "web 3.0".
Je pense pour ma part qu'il y aura forcément une transition http://www.emantics.com/index.php/2006/03/31/2-web-20-vs-web-30
et peut-être même aussi un Web 4.0, 5.0, etc., car s'il est probable que "Le futur du web, c'est de disparaître, de se fondre dans un fait appelé à être banal, celui d'être tout simplement connecté, partout ou presque, et d'utiliser des services dont on ne s'étonnera plus qu'ils soient distants.", la route est encore longue pour y arriver, non pas au plan technique, mais plutôt au niveau des aptitudes et habitudes culturelles, dont les évolutions se mesurent plus facilement en décennies qu'en années, au bas mot, mais ça c'est une autre histoire.
Cordialement,
Jean-Marie Le Ray

Posté par: Jean-Marie Le Ray le lundi 13 novembre 2006 à 10:11
 

Web 3.0, peut-être, mais pour quoi faire ? c'est le sens du billet que j'ai publié hier soir sur le blog de groupe Reflect. http://www.groupereflect.net/blog/archives/2006/11/des_envies_de_w.html
S'il y a un web 3.0 et que c'est pour donner un horizon qui est déjà celui de la définition de O'Reilly, hormi du bzz marketing, je ne vois pas bien. Si c'est pour une nouvelle génération de service qui dépasse celle 2.0 actuelle, peut-être, mais alors ce n'est pas une question de technos, mais une questions de service, au sens d'aller vers plus de maîtrise de l'utilisateur (portabilité des données et exportabilité des données surtout) et des modèles économiques plus innovants. Quoi qu'il en soit, web 3.0 devra être un mot adopté collectivement, comme l'a été web 2.0 et ce n'est pas le cas au jour d'aujourd'hui.

Posté par: Alexis Mons le lundi 13 novembre 2006 à 10:20
 

Si l'on écoute Nicholas Carr, le web 3.0, c'est le renommage marketing du web sémantique.

http://www.roughtype.com/archives/2006/11/welcome_web_30.php

http://www.nytimes.com/2006/11/12/business/12web.html

Posté par: padawan le lundi 13 novembre 2006 à 11:19
 

Poster un commentaire




Mémoriser?




Derniers auteurs

French Web 2.0 Group Linked In
Rejoindre le French Web 2.0 Group sur Linked In.
frenchweb.org

Blog designed and produced by gr