Le web 2.0 selon Capitaine Commerce

Olivier Sauvage, alias Capitaine Commerce, blogue comme on l'imagine sur les problématiques e-commerce, mais c'est plus sous l'angle des médias et de la culture qu'il nous oriente sa vision.

Qui êtes-vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?

 

Je n'ai découvert le Web 2.0 que fort récemment, mais, tout comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, il est fort possible que je fisse de même durant mes longues pérégrinations sur le web.
Aujourd'hui, le sujet m'excite à double titre. D'un point de vue personnel, il représente un sujet enthousiasmant, révolutionnaire. D'un point de vue professionnel, il ouvre de nouvelles opportunités au e-commerce.


Qu'est-ce que le Web 2.0 ?


Je dirais que c'est un Age : l'Age du web 2.0, une sorte de renaissance. Beaucoup de choses du Web 2.0 existaient déjà il y a dix ans, mais il était encore trop tôt pour les mettre en oeuvre.
Qu'est-ce qui a tout changé ? Je dirais tout simplement : la révolution du haut-débit. Pour ceux qui ont connu les modems 14.4, 28 ou 56K, l'ADSL était la clé pour que l'Internet devienne enfin praticable et devienne vraiment une vraie révolution. Pour moi, le Web 2.0, c'est ça : des millions d'internautes pouvant surfer à la vitesse de la lumière. Le reste ne me semble être qu'un sujet de discussion de comptoir.

Qu’est ce que représente le Web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?


La question qui tue. Si on devait parler d'impact dans la société, je dirai que le Web 2.0 (ou le web tout court, en ce qui me concerne) remet les individus au centre du monde. Il leur offre plus de démocratie, plus de liberté de choisir, plus de liberté de communiquer, plus de liberté d'être indépendants. Il vient s'opposer, comme un miracle, aux excès délirant de la centralisation à outrance : centralisation des moyens d'information (télé, radio, cinéma), centralisation des moyens d'échanges (commerce, dons, prêts). En quelque sorte, il redonne une force à l'individu, une force qui manquait depuis l'hyperconcentration de tous les moyens de production.

Je vais prendre un exemple connu de tous pour m'expliquer : le cas de la musique.
Avant que n'apparaisse la possibilité d'enregistrer de la musique sur un support, celle-ci était pratiquée et partagée par beaucoup plus de gens qu'aujourd'hui. Musiciens et auditeurs étaient proches les uns des autres, parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de se rencontrer réellement pour échanger leur passion. La sphère d'échange était limitée et son expansion lente. Sont apparus les moyens d'enregistrement. Un petit groupe de rock dans le Kansas à la fin des années 1990 par la puissance et la magie de la distribution du CD, du DVD, etc, pouvait trouver un auditoire sur toute la planète. Entre temps, cependant, un acteur s'était inséré dans le jeu : le producteur de disque. Et qu'apportait-il au musicien et à l'auditoire ? La possibilité de multiplier à une échelle planétaire les rencontres (augmentation de la sphère d'échange à l'échelle mondiale). Celles-ci devenaient virtuelles, mais un petit français du fin fond de la Lozère pouvait écouter de la musique traditionnelle australienne s'il avait les moyens de se rendre à une FNAC et d'acheter un disque.

Or, que se passe-t-il avec le Web 2.0 ? L'éviction du troisième acteur : le producteur. Qu'apporte le producteur à la musique aujourd'hui ? Rien, des produits dérivés, des clips vidéos, mais rien de fondamentalement utile à la relation musicien-auditeur. Il a été tout simplement "squizzé" par les procédés d'échanges de fichier, typiques du Web 2.0. En clair, on a plus besoin du producteur. Un musicien seul peut produire dans sa chambre de la musique de bonne qualité, la produire lui même, la vendre et la distribuer lui même et se faire connaître lui même. Le meilleur exemple connu de ce type d'échange est jamendo.com. Non seulement la distribution est plus rapide, mais le choix offert est infiniment plus grand, plus ouvert et plus démocratique.
Avec Youtube, on risque de retrouver en quelque sorte le même phénomène pour la vidéo, mais dans une mesure plus limitée, car tourner un film demandera toujours plus de moyens que d'écrire un morceau pour guitare.

En matière de démocratie, et la campagne présidentielle française le prouve, le Web 2.0 fait sauter les réseaux traditionnels de distribution de l'information. Les particuliers peuvent être au courant AVANT de scoops que les journalistes triaient et parfumaient à leur sauce avec tous les inconvénients que cela impliquaient. On le voit aujourd'hui, les médias sont derrière les blogs, les forums et consorts. Si vous utilisez la page d'accueil personnalisée de Google et les flux RSS, vous devez savoir ce que je veux dire. Je suis informé en tant réelle d'informations que je je vois atteindre la médiasphère plusieurs heures ou jours après.

Et après le Web 2.0 ?


Et après ? Eh bien, il est difficile de prévoir l'issue d'une révolution. Il est juste probable qu'après les forces s'équilibrent à nouveau. Un jour, les producteurs, les médias, les distributeurs reprendront leur part du gâteau, mais ils ne savent pas comment. C'est peut être déjà en train de se passer pour les producteurs de musique...


Publié par Olivier Sauvage le mercredi 22 novembre 2006 à 01:25
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 Commentaires

Encore un billet fondé sur le bon sens, tant mieux!
une remarque ce n'est pas tant le producteur que le Distributeur qui est "viré" de l'éco-système. A ce jour, les majors s'échiner à essayer de se "distribuer" un rôle significatif et majeur cf. leur dernière réunion publique la semaine dernière. Etonnante posture et inconfortable pour des personnes averties dès 99 et préférant "traire la vache à lait" plutôt que de s'adapter en souplesse.
Les producteurs indépendants eux s'aadaptent et peuvent ne pas disparaître... juste une question de "time to market" ;)L'un des enjeux majeurs de l'évolution web 2.0 c'est bien d'offrir
de faire autrement!

Posté par: sophie januel le dimanche 03 décembre 2006 à 15:37
 

Faire autrement en effet, l'ideal étant sans doute une vente directe entre l'artiste et le consommateur et laisser les dérivés aux autres acteurs. Nous avons pris l'habitude de critiquer les majors, mais il ne faudrait pas faire plus confiance à l'acteur web, on ne peut plus tendance "time to market", car capable de vendre une base de données de 100 millions de vidéos dont le contenu ne lui appartient pas avec des top-ten à plus de 10 millions de visites/semestre. Comme quoi même sans moyens en vidéo, on peut avoir un certain succès... Souhaitons que le web2 doit passe par un ré-équilibrage des rôles et que les internautes (contributeurs et consommateurs) en soient de plus en plus conscients.

Posté par: Theo le dimanche 03 décembre 2006 à 23:44
 

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