Le web 2.0 selon François Laurent

Auteur du blog Marketing is dead, François Laurent dresse un constat clair sur les changements auquel fait face le monde du marketing. Changements amplifiés par le web 2.0 selon lui.

Qui êtes vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?


Pendant huit ans responsable du Consumer Insight au sein du groupe Thomson, j’ai observé la lente agonie de la société de consommation, le feu de paille et les espoirs gâchés de la Nouvelle Economie et la naissance d’un Empowered Consumer : un consommateur / citoyen qui disposait enfin les moyens de se révolter contre les marques – et en usait efficacement. Tout cela grâce aux NTIC.
Bref, nous changions de société : pour moi, homme de marketing, force était de reconnaître que notre profession de changeait pas radicalement ses méthodes, elle allait droit dans le mur : Marketing is dead, mon blog, est né de ce constat.
Depuis, Web 2.0 a amplifié le mouvement : des pans entiers de l’ancienne société de consommation s’effondrent tandis qu’apparaissent une multitude d’initiatives appelant à jeter les bases d’un nouveau marketing – sans doute, un nouvel label serait là aussi à trouver :
-    Au travers de Marketingisdead, je développe de nouvelles approches militant dans le sens d’une meilleure adaptation des entreprises et des marques à cette nouvelle donne ;
-    WeAreTheMarket, site communautaire de consommation citoyenne qui sera en ligne début 2007, permettra de renouer le dialogue marques consommateurs en permettant à ces derniers d’influencer / participer à la création de produits qui leur conviennent mieux ;
-    Et un participant à toutes sortes de think tanks et projets plus ou moins éphémères, parce qu’il faut bien essayer de comprendre où tout cela va mener !

Si vous deviez expliquer le web 2.0 à tout un chacun, qu’est-ce que vous diriez ?


Web 2.0, c’est le nouveau Web tel que le créent aujourd’hui les citoyens au travers de leurs pratiques quotidiennes. Bien sûr, Web 2.0 ne serait rien sans Ajax et autres flux RSS ; mais Web 2.0 ne serait rien non plus avec seulement Ajax, etc.
Web 2.0 se définit par des pratiques citoyennes.
Hier, la cuisine sur Internet, c’était des sites comme : aufeminin.com ou marmiton.org ; aujourd’hui, ce sont des millions de personnes qui discutent sur des centaines de blogs – qui créent des recettes, échangent des expériences, etc. La vie !
La musique, hier c’était des majors qui boostaient quelques artistes au travers de vastes opérations de promotion – et la chasse aux sorcières des pirates du P2P ; aujourd’hui, ce sont les Arctic Monkeys qui ont réussi ont réussi l’exploit de placer dès sa sortie leur premier single en tête des charts anglais… après l’avoir gratuitement diffusé sur Internet !
Il y a des milliers de débutants qui agissent ainsi et tous n’atteignent pas le succès des Arctic Monkeys : mais tous ne sont pas les Arctic Monkeys. En fait, Web 2.0, c’est avant tout la prime à la qualité… sur le marketing !
Avec Web 2.0, la toile ressemble de moins en moins à une toile d’araignée et de plus en plus à un gigantesque réseau de neurones se connectant de la manière la plus chaotique qui soit… apparemment. En fait apparaissent çà et là comme des excroissances, de nœuds d’autorité : des blogs dont on adopte les recettes, des sites dont on aime mieux la musique.

Qu’est ce que représente le web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?


Il y a eu avant Web 2.0 : grosso modo, la société de consommation, le seul modèle sociétal que n’aient jamais connu tous les habitants des pays dits développés ; maintenant avec Web 2.0, c’est une autre civilisation qui est en train de naître, ni plus, ni moins.
Dans tout cela, la technologie me semble totalement secondaire : d’une part, parce que les investissements apparaissent sans commune mesure entre les moyens nécessaires au développement de plateformes de blogs, et la mise au point des premiers téléphones mobiles ; et surtout parce que les utilisateurs de Web 2.0 n’en ont rien à faire de la technologie : Web 2.0 n’existe qu’au travers des usages.
Et Web 2.0, ce sont avant tout des usages simples ! C'est-à-dire la possibilité donnée à tout un chacun de faire ce que seuls quelques happy few pouvaient faire avant : prendre la parole sur le Web et entamer la discussion avec dix, mille, dix millions d’individus.
Web 2.0, c’est un peu l’utopie soixante-huitarde soudain accessible : le pouvoir donné aux citoyens – et pas seulement aux consommateurs – d’agir sur le monde environnant : pour dénoncer les agissements scandaleux de certaines marques, mais plus simplement pour s’échanger des bonnes adresses, des idées… voire construire des tas de projets.
Evidemment, cela bouleverse totalement l’économie : Web 2.0, ce sont les Arctic Monkeys qui ont réussi ont réussi l’exploit de placer dès sa sortie leur premier single en tête des charts anglais… après l’avoir gratuitement diffusé sur Internet ! Par le bouche à oreille, par le relai des plateformes de blogs.
Web 2.0, ce sont de nouveaux modèles économiques : YouTube, bien sûr, mais certainement toute une nouvelle forme de relations commerciales, comme ces milliers d’hommes et de femmes qui aux Etats-Unis développent une activité de petits commerçants, sans bouger de chez eux, grâce à eBay.
Et on n’en est qu’au tout début !

Le web 2.0, et après ?


Web 3, 4, 5, 6 ?
Pas vraiment : Web 3 n’est que l’imposture d’un LLM en mal de copie et de formules chocs ! Et de quelques autres du même acabit, bien que moins connus.
L’après Web 2.0 n’est pas pour demain, parce que l’avant Web 2.0 a duré des dizaines d’années… pour ne pas dire plus. Internet – Web 1.0, dirons-nous – n’a pas si profondément modifié notre société : pas plus que l’automobile ou le téléphone cellulaire en leurs temps !
CNN.com, c’est CNN sur le Net, l’autorité du discours de quelques journalistes éclatant à la face du monde ; finalement, depuis Emile de Girardin, les médias n’avaient pas vraiment changé – et les pouvoirs non plus.
Et L'Encyclopædia Britannica, finalement, n’est pas si loin de celle des lumières : des savants qui distillent leur connaissance à une foule d’ignorants.
Wikipédia, c’est la possibilité que nous avons tous de devenir des Diderot et les blogs, de nous ériger en concurrents des journalistes du Monde ou du Times : Web 2.0 a inversé la donne sociétale, et il semble bien difficile d’imaginer semblable révolution à court terme.
Après avoir goûté à la démocratie, qui pourrait souhaite le retour des dictateurs ?


Publié par François Laurent le vendredi 17 novembre 2006 à 15:55
Lien permanent

 Trackback Pings


URL de TrackBack de cette note:
http://www.deuxzero.com/cgi/MT/mt-tb.cgi/46
Ci-dessous la liste des liens qui référencent Le web 2.0 selon François Laurent:

» Dessine moi le Web 2.0, par Groupe Reflect from Christophe Lauer, Blog Edition

J'en ai parlé pendant la session Lyonnaise de Mini-Mix , mais victime d'une soudaine perte de mémoire [Lire la suite]

Trackée le novembre 18, 2006 1:31 PM



 Commentaires

"LLM", ça veut dire quoi pour le novice que je suis ?

LLM = Loic Le Meur

Posté par: davveld le vendredi 17 novembre 2006 à 18:59
 

Je pense que tu te méprends au sujet du nom de la conf "Le Web 3" de Loïc Le Meur.

Le site mentionne dans le bandeau supérieur : "Le Web 3, Third 'Les Blogs' Conference".

La précédente conférence était nommée "Les Blogs 2" et les sujets et discussions tournaient uniquement autour du vaste phénomène des blogs.

Pour cette troisième édition, le sujet a été déplacé vers le Web 2.0.

Si tu regardes le programme de la conférence, il n'y est nulle part question de "Web 3.0", mais en revanche, le terme Web 2.0 est bien présent à plusieurs reprises.

Je pense qu'il faut comprendre le nom de la conférence dans le sens d'une version abrégée et lisible de "Le Web 2.0 '3'".

Posté par: Christophe Lauer [MS] le samedi 18 novembre 2006 à 12:50
 

La question des noeuds d'autorité est bien intéressante :
qu'est-ce qui fait que telle info ou tel usage prend ? Comment s'opère la propagation ? Est-ce que cela n'est pas un objet commun à discuter, l'association des réseaux sociaux et de la "valeur" de l'information (pas au sens "pertinence" ou vérité, mais au sens efficience, performance).
Et aussi le renversement de l'autorité des textes en audience, très justement évoqué par Olivier le Deuff dans sa présentation, cela me semble un bel objet de réflexion...parce que cela peut tout à fait être une dictature, le pouvoir des consommateurs, par la mesure d'audience, n'est pas toujours respectable :)Et pourtant c'est une "autorité"....

Posté par: sophie pène le samedi 18 novembre 2006 à 13:17
 

"Web 2.0 n’existe qu’au travers des usages". Je te suis à 100% sur cette formule. Je trouverais particulièrement intéressant que les divers contributeurs de ce blog nous fasse part de leur usage du web2.0.

Et puis pour le marketing, il me semble que le concept de Pinko Marketing est en phase avec l'usage des technologies web2.0 :http://www.wikiservice.at/fractal/wikidev.cgi?FR/PinkoMarketing

A+

Posté par: Sylvie Le Bars - Arkandis le lundi 20 novembre 2006 à 17:53
 

Poster un commentaire




Mémoriser?




Derniers auteurs

French Web 2.0 Group Linked In
Rejoindre le French Web 2.0 Group sur Linked In.
frenchweb.org

Blog designed and produced by gr