Le web 2.0 selon Jean-Baptiste Rudelle
Jean-Baptiste Rudelle, fondateur de Criteo, nous présente sa vision du web 2.0.
Qui êtes vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?
Je suis le Fondateur de Criteo, un moteur de filtrage collaboratif sur Internet. Une des caractéristiques du web 2.0 est le « User Generated Content », à savoir l’explosion de la masse d’information disponible sur Internet. Le risque c’est que trop d’information tue l’information. Notre métier consiste à filtrer ce contenu de manière personnalisé pour chaque utilisateur. Le rêve, c’est que chacun ne voit que la fraction d’info qui est pertinente pour lui, et non tout le fatras brut qui est justement trop… web 2.0 ;-)
Si vous deviez expliquer le web 2.0 à tout un chacun, qu’est-ce que vous diriez ?
La vraie révolution web 2.0, c’est que le commerce électronique est enfin devenu rentable ! Ce n’est peut être pas la chose la plus glamour, mais c’est fondamental. Les e-marchants ont atteint cette fameuse taille critique et continuent à croitre de 30% par an. Cette vitalité permet d’irriguer toute l’économie du net, via la publicité qui croit en parallèle de manière impressionnante. Cela permet à beaucoup de sites non marchants de trouver enfin un équilibre financier. Ce web marchant sain est un carburant essentiel de tout ce foisonnement innovant qu’on appelle web 2.0.
Qu’est ce que représente le "web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?
Ce qui fascine avant tout le grand public (et les commentateurs), ce n’est pas cette maturité du commerce électronique (qui parait si naturelle à tout le monde), ni les nouvelles technologies liées au web 2.0 (Ajax et flux RSS), ni même l’aspect communautaire (qui existait depuis longtemps). Ce qui fascine, c’est deux choses :
- l’irrésistible accession d’un Google impérial qui grignote inexorablement les monstres sacrés que sont Yahoo! et MSN
- l’irruption aussi rapide qu’inattendue d’une nouvelle génération d’acteurs du net. Des sites inconnus comme YouTube, Flickr ou Blogger ont fait des montées spectaculaires dans les classements de trafic. Et comble d’outrecuidance, avec des budgets publicitaires quasi nuls !
En 2001, après l’éclatement de la bulle Internet, on croyait que les jeux étaient faits. Les survivants allaient rafler le morceau, en particulier les gros sites de commerce électronique. C’était l’époque où un eBay semblait irrésistible. Et surtout, les grandes marques traditionnelles pensaient enfin tenir leur revanche sur les arrogantes start-up qui leur avait défrayés la chronique au moment de la bulle.
Patatra ! Cette belle assurance s’est de nouveau évanouie. Les gens ont été surpris de constater ce qui est pourtant une constante en économie : les positions ne sont jamais figées. Sur le net encore plus que dans l’économie traditionnelle, les nouveaux entrants peuvent à tout moment bousculer l’ordre établi.
La réussite rapide fascine. On se dit qu’il y a forcément un secret derrière un tel miracle. Et ce secret s’appelle web 2.0
Le web 2.0, et après ?
Le meilleur exemple pour illustrer les défis du web 2.0 sont les blogs. La prolifération des blogs a induit une redoutable richesse éditoriale. En tapant « CPE » sur Blogger, on se retrouve avec plus de 80.000 liens. Même avec une patience inhumaine, il est évidement impossible d’aller sur toutes ces notes. Le classement proposé par le moteur basé principalement sur les liens entrants n’est pas forcément toujours pertinent.
Sans parler de la difficulté intrinsèque à définir objectivement ce qu’est qu’un « bon post ». Il n’y a qu’à voir l’extrême micro-segmentation d’un kiosque à journaux, pour se rendre compte de la fantastique diversité des goûts en matière éditoriale. Bref, il reste beaucoup d’outils de notation à inventer pour exploiter cette fameuse richesse du Web 2.0. Appelons cette domestication des flux, le web 2.5
Effectivement, cette hégémonie de Google peut paraître impressionante. Google a récemment racheté de nombreuses compagnies labellisées "2.0" (Youtube pour les vidéos en ligne, JotSpot pour les wikis entre autres), et ne semble pas parti pour s'arrêter là.
Cependant, on peut faire remarquer que la stratégie de Google repose sur des logiciels propriétaires, comme Microsoft. Bien que ces géants soient en train d'avoluer vers l'Open-Source, ils sont encore loin de ce qui fait la force de cette pratique lorsqu'elle est implémentée à fond. Couplé au fait que de nouveaux sites peuvent percer très rapidement (NetVibes, DailyMotion sont de bons exemples) et offrir une grande variété de contenu grâce à cette approche Open-Source, on peut questionner le fait que Google parviendra à maintenir sa position sur le long terme.
Un des autres points intéressants soulevés par le post est le problème de l'appréhension et du tri intelligent parmi une grande quantité d'informations pour l'utilisateur final. Plusieurs solutions existent, basée sur 2 types de modèles :
- d'une part, l'analyse de liens, de tags (cf Google, Del.icio.us) qui permettent de voir ce qui est plébiscité par les utilisateurs sur Internet,
- de l'autre l'élaboration collective du savoir (cf Wikipédia et les wikis en général), où cette fois ce sont des individus qui discutent directement sur une page afin de parvenir à un consensus / un résumé des positions et de l'information touchant à un sujet donné.
Cette dichotomie rappelle celle proposée par Presse-Citron sur ce blog (http://www.deuxzero.com/2006/11/le_web_20_selon_pressecitron.html),
où l'on a d'une part ceux qui profitent de l'arrivée d'information ciblée, et de l'autre ceux qui participent à son élaboration en ligne.
Le point intéressant est de constater les limites de ces 2 approches, et le fait que la variété des approches regroupées sous le label "Web 2.0" permet à chacun de faire jouer leur complémentarité. Le risque de manquer l'information qui ne passe pas le filtre des flux sélectionnés est contrebalancé par la possibilité d'échanger avec tous, alors même que cette sélection offre un point d'appui aux discussions sur blogs et wikis.
Autant que la source première d'information (qui bascule des médias "traditionnels" vers tout les utilisateurs d'Internet), c'est la façon dont celle-ci est traitée, disséquée, appréhendée qui change en profondeur...
Et mon commentaire commence à se faire long !
Posté par: Guillaume le mercredi 29 novembre 2006 à 03:01
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