Une approche assez candide et beaucoup d'interrogations quant à cette nouvelle vague du web 2.0. Comment tout ça débouchera sur un "concret" utile pour tout le monde, et pas seulement pour un public d'early adopters...
Je suis d’abord un utilisateur du web, où je passe une grande partie de mon temps, en lecture, recherche, partage, discussion, écriture... Je ne suis pas un « geek », mais je suis l’évolution du web de près et j’ai une approche pragmatique de son utilisation.
Ensuite, je suis en train de créer une petite agence web, installée en Ardèche et destinée aux TPEs (Très Petites Entreprises). Après avoir passé quelques années comme responsable d’intranet européen et d’outils CRM chez HP puis suite à la création d’un espace de dégustation de vins avec commerce en ligne, j’avais envie d’utiliser mon expérience du web en TPE pour venir en aide à ces entités.
Mon rapport avec le web 2.0 ? Simplement beaucoup de curiosité pour déterminer comment ces nouveaux outils et ces nouveaux usages pourront être utiles à mes clients, avec une grande interrogation : quand ?
Une première image me vient à l’esprit : vous rentrez chez Darty, et tout le magasin est pensé pour bien mettre en valeur les produits, notamment les nouveautés. En bout de gondole, vous trouvez le dernier cri de l’appareil hyper-design dont on s’extasie sur le génie (!) : genre « la-fontaine-à-chocolat » ou encore « la-machine-à-pop-corn-comme-au-cinéma ». Vous allez vous laisser tenter, vous payez quand même un certain prix… Vous vous en servez une fois puis l’objet rejoint le lot des choses inutiles dans un fond de placard... Le web 2.0, c’est aussi ça. Un bombardement quotidien de services plus innovants les uns que les autres. Mais vous vous posez toujours la question de savoir si vous en auriez vraiment l’utilité, même si c’est assez joli !
Le web 2.0, c’est simplement la R&D du web. On a voulu donner un nom à ce qui est tout naturel pour de nombreux secteurs, et qui constitue le nerf de la guerre. On a toujours envie de perfectionner son produit, ses services, mieux répondre aux attentes des clients, réduire les coûts, maximiser les bénéfices. Alors toutes les disciplines travaillent, discutent, collaborent, se battent pour construire une nouvelle version du produit. C’est aussi simple que ça.
Mais comme c’est de la R&D, ce n’est pour le moment compréhensible que par des spécialistes, ou encore des early adopters, ces amateurs éclairés. Pour les autres, qui confondent encore la barre d’adresse d’un navigateur avec la barre Google que vient de leur installer le petit génie en informatique de la famille et qui s’étonnent alors de ne jamais tomber directement sur leur site, le sujet reste plus qu’abscons.
J'espère que le web 2.0 deviendra une vraie évolution du web pour fournir aux utilisateurs des services simples et utiles, presque naturels, leur permettant, au tant au niveau professionnel que personnel, de se simplifier la vie. Ne pas se poser la question du « comment ça marche », mais simplement savoir s’en servir. Ce n’est pas « apporter plus », mais d’abord « apporter mieux ».
Le web 2.0 reste quand même un grand foutoir, et c’est ce qui fait sa force : au-delà des points de vue qui s’expriment, se complètent, s’opposent, au-delà de la pléthore de services qui voient le jour, il émerge de ce bouillon des idées novatrices et pertinentes, des outils utiles, de nouveaux modèles ouverts au plus grand nombre.
Car je crois que c’est le point le plus intéressant de cette nouvelle tendance : la création de cette agora géante, espace ou tout le monde – enfin presque - peut donner son avis, participer, animer. Le web redonne aujourd’hui une certaine place à l’individu dans la société. Il lui permet d’exister, de penser, de se faire connaître. On voit d’ailleurs apparaître de nouveaux « leaders d’opinion » sur les blogs par exemple. Il rend une certaine place à la contestation, à l’interrogation, à la réflexion. Il cultive la différence d’opinions et l’élève au rang de valeur. D’où les difficultés qu’éprouvent certains médias conventionnels aujourd’hui, trop convenus, pas assez vifs, pas assez incisifs et tranchés. Je ne crois pas que le web soit un adepte du consensus mou. Il cherche l’expression, la vérité du ton et l'engagement des propos.
Paradoxalement, si le web donne plus de place à l’individu pour s’exprimer, il lui retire aussi une partie de sa capacité à agir sur les choses concrètement. Il est de plus en plus un numéro au sein de machines redoutablement inhumaines qui lui délivrent des produits et services de façon purement mécanique. Que l’imprévu montre le bout de son nez, et l’individu ne peut plus interagir avec le système, il ne peut que le subir. Les services clients des grosses sociétés de commerce électronique ou des grands opérateurs de téléphonie en sont de bons exemples. Combien d’entre eux sont épinglés pour être incapable de régler les nombreux cas particuliers qui leur sont présentés?
En remplaçant une interface humaine par une interface virtuelle, on a dépossédé l’utilisateur d’une partie faculté d’agir ou de réagir.
En économie, le modèle de l’open-source est passionnant, car il permet d’envisager des outils performants et efficaces à moindre coût : en retirant une certaine partie de la logique économique (ie make more profit), on rend les outils plus accessibles à tous, on favorise un apprentissage plus rapide, la curiosité et la création, et donc certainement l’innovation. C’est un beau cercle vertueux.
Toujours en économie, on assiste à un changement important du mode de consommation : la propriété cède la place à la location. D’un côté des produits et services rapidement obsolètes, et sans cesse renouvelés. De l’autre, le besoin des nouveaux acteurs de financer au long terme une R&D indispensable pour rester dans la course. D'où l'intérêt pour des solutions d’abonnement et de location de services ou produits, plutôt qu’un traditionnel achat.
Mais les écarts vont aussi se creuser. Entre les petites entreprises qui entrevoient aujourd’hui une certaine utilité du web pour rester en contact avec leurs clients et développer les prospects et les plus grosses qui construisent une vraie machine de guerre permettant d’aller plus vite, gagner en coûts et apporter un service de meilleure qualité. Pourquoi parler de web 2.0 quand les plus petites ont déjà un accès difficile au web ? Web ou web 2.0 ou n’importe qu’elle autre appellation compte peu : l’important c’est l’accompagnement que l’on peut proposer à ces petites entreprises pour comprendre si ces nouveaux outils peuvent leur être utile et comment peuvent-ils l'être?
Allons d'abord au bout du tome 2. C'est la capacité de tous les acteurs à rendre le web 2.0 intéressant qui nous dira si un nouveau chapître est nécessaire...


octobre 2007
Le Blog de groupe Reflect
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