le web 2.0 selon Laurent VERMOT-GAUCHY

Fondateur de Maporama en 2000, Laurent Vermot-Gauchy fait partie de ces serials-entrepreneurs qui y reviennent. Avec Crickee, il joint le web 2.0 à la mobilité et nous propose ainsi une vision convergente quin élargie un peu le débat hors du champ du web.

Qui êtes vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?

Laurent Vermot-Gauchy, souvent LVG, sans doute une coquetterie de mes amis à laquelle je me suis habitué avec le temps. Petit flash-back : j'ai fondé Maporama en 2000. Auparavant, j'avais co-fondé DM SIS, une start-up éditrice de logiciels de gestion de projet. Je venais du monde du conseil en développement stratégique et de chez Wincap-Software. En plus de voir du pays, j'ai hérité du sobriquet de 'sérial entrepreneur' que j'assume avec humour. En 2005 j'ai accouché d'un Crickee ;-) Crickee est une application qui se niche dans votre téléphone portable et permet d'envoyer en illimité et gratuitement des sms. Seul le coût de la connexion à internet mobile reste à votre charge, ce qui est nettement moins cher que les 10 ou 15 centimes que vous facturent votre opérateur. Avec Crickee vous pouvez envoyer et recevoir plus de 100 sms pour en moyenne moins de 20 centimes. Mon rapport avec le web 2.0 ? Allez jeter un oeil sur le site de Crickee www.crickee.com si je n'ai pas été assez convaincant ;-)
 

Si vous deviez expliquer le web 2.0 à tout un chacun, qu’est-ce que vous diriez ?

Le web 2.0 ? c'est le web 1.0 plus notre participation grâce aux outils que nous proposent les développeurs. Ce qui fait une certaine différence. Ca c'est pour une ébauche d'explication pour aller dans le sens du vent - c'est l'automne, une concession aux feuilles mortes ;-)  Le web 2.0 me semble parfois une appellation un peu artificielle pour un phénomène somme toute assez courant. Dans les années 90 le web s'installe, porté, utilisé et bidouillé par une poignée de passionnés qui proposent du contenu brut. Les discussions commencent à s'engager et l'envie de partage, pré-existante, trouve un outil qu'elle utilise. Les nouveaux arrivants découvrent comme au spectacle. Puis la sphère s'agrandit, chacun s'approprie un peu plus les possibilités et les améliore selon ses besoins ou les besoins qu'il prête aux autres, pour les plus altruistes. A bien y regarder, c'est un peu le même principe pour toutes les évolutions, on part d'un existant qui lui-même est l'adaptation d'un autre concept ou de la faille d'un concept existant, et qu'on adapte de façon régulière à nos besoins, à notre mode de vie. Le web 2.0 pourrait aussi bien s'appeler le minitel 3.0 et représente en même temps le point de départ de ce que sera internet demain. Internet ou autre chose. Il s'inscrit dans une continuité technologique sans rupture, malgré ce qu'on entend ici ou là. Il y a eu très peu de vraies grandes ruptures dans la construction du monde technologique tel que nous le vivons aujourd'hui. La première a été la domestication du feu, depuis on ne fait qu'améliorer ;-) Le web 2.0 d'aujourd'hui c'est le feu du paléolithique amélioré et autour duquel toutes les tribus peuvent converger, et les sms les peintures rupestres d'aujourd'hui ;-)
 

Qu’est ce que représente le web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?

Le meilleur et le pire ;-) Le pire, les dépendants qui ne font plus que ça. Les érudits d'autrefois vivaient dans le monde d'une connaissance limitée par les contraintes géographiques : celui qui avait lu tous les livres de sa ville, de sa région, devait se déplacer au loin. Aujourd'hui tout le savoir est disponible sous les touches d'un clavier. Enfin quand je dis savoir, c'est pour la vision esthétique, toutes les perversités le sont aussi. Le meilleur, ça donne des contributeurs sur wikipedia, des wikis qui permettent des raccourcis pour justement ne pas devenir non plus rats de bibliothèques mais des rats d'ordinateurs ;-) des applications qui parfois facilitent la vie professionnelle ou rendent plus agréables la vie personnelle.  Avec le web 2.0, j'utilise le terme ici dans votre contexte, mais couramment je dirais avec Internet la société a évolué plus rapidement vers ses vices et ses vertus. La soif de rencontres, de partages, de créativité, d'innovation, toutes les valeurs dites positives s'y nourrissent et s'y régénèrent. Leurs pendants " négatifs" aussi. La technologie c'est le vecteur pour s'y épanouir, elle évolue comme les oiseaux au-dessus des bateaux en picorant tout ce qui traîne;-) L'économie aussi, en apparence, s'en trouve modifiée. Je dis en apparence parce que la boucle se boucle, quand on apprend que Google va proposer de vendre des publicités dans la presse papier, les limites de la soit disant révolution du web 2.0 trouvent elles aussi leurs limites.
 

Le web 2.0, et après ?

Justement après viendra peut-être non pas une rupture, mais la première fissure. A avoir donné tant d'importance à internet, à l'ordinateur, de bureau puis portable, au téléphone mobile, qui lui aussi devient mobile 2.0,  à tout ce qui finalement nous libère mais nous aliène d'autant, peut être assisterons nous à un léger détachement, une amputation de la souris greffée à la main, où seul ce qui sera vraiment porteur de sens et 'utile' survivra. Quand on voit aujourd'hui la multiplication exponentielle des choix proposés, il est clair qu'il n'y aura pas place pour tout dans une journée de 24h ! Alors un clan de majoritaires qui concentrera et consacrera une "International du Net " vivant en parallèle avec un clan de minoritaires pour qui se sera vraiment hype d'être connecté au minimum ? J'y crois peu mais c'est une hypothèse. La plus plausible étant de plus en plus de temps passé sur le web, seul(e) ou à plusieurs, qui concentrera tout ce qui fait aujourd'hui la multiplicité de nos activités dites technologiques, télé, vidé, radio etc sur des applications de plus en plus fluides, ludiques et professionnelles. Mais il y a un facteur qui reste aujourd'hui une grande inconnue, et qui peut tout faire basculer dans un sens ou dans l'autre, celui de la sécurisation. La vie privée, l'intimité, la sécurité... difficilement conciliable avec le tour que prend Internet, web 3.0 ou web 2.1, quel que soit le nom qu'on lui donne(ra). Comme disait ma grand'mère, si tu veux garder un secret, ne le dis à personne... pas même à ton ordinateur ? Pourvu que personne ne propose un upgrade cerveau 2.0 ;-)


Publié par Laurent Vermot-Gauchy le vendredi 10 novembre 2006 à 13:51
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 Commentaires

Laurent, je m'incline devant tant de verve et ça ne m'arrive pas souvent :P !

Un vrai cocktail d'experience, d'humour et de recul qui va falloir digérer avant de réagir... je ne m'étonne pas qu'il n'y ai pas encore de commentaire, la barre est mise et elle est haute !

Une lecture rafraîchissante en tout cas, et qui mérite qu'on laisse reposer après avoir donné un coup de shaker à notre cerveau 1.0 ;)

Posté par: davidm le samedi 11 novembre 2006 à 21:56
 

David, on en reparle devant un Cognac Long Drink ? 1/4 Cognac, 3/4 Schweppes, et pour garder un champ de vision acceptable, en essayant de ne pas prendre de recul et de hauteur en même temps ;-)
Crickeely,

Posté par: Laurent VERMOT-GAUCHY le dimanche 12 novembre 2006 à 07:04
 


J’aurai aimé que dans le web 2 ou tout autre prochain chiffre intègre la notion d’aide humanitaire plutôt que de voir une blogosphère gonfler comme un gros nombril, d’un égoïsme social époustouflant, à la fois égocentrique, freudien et narcissique, ou l’on discute à coup d’argumentation technique ou pire de marketing commercial, du comment transformer le doublezéro en Curée, version Zolienne, ou les acteurs du web voient leurs internautes comme une batterie de poules à consommer des feeds pour en chier des blogs.

J’aurai aimé que quelqu’un dise, le prochain web doit se tourner vers l’humanité et s’entendre sur une solution économique qui permette aux déshérités (presque des intouchables), de grimper la pente vertigineuse et de réduire l’écart qu’il y a entre dormir sous une bâche avec sa petite famille et finir sa soirée seul devant son pc à tapoter d’une main après s’être gargarisé le cerveau de médias euphorisants (et j’en fait partie…)

31 milliards de vidéos, allez on va dire 100 milliards de médias vus, écrits, lus en 2006 ! félicitations à tous, chapeau bas. Ces premiers paragraphes sont donc vraiment trop critiques au regard des efforts de participation de tous, tant sur le plan créatif que consommatoire, je l’admet, mais c’est surtout pour enchaîner sur la demande simpliste suivante :

Les acteurs du Web, les médias, les éditeurs, les majors, les tout-ce-que-vous-voulez qui tire des bénéfices du web, ne pourraient-ils pas accorder, gracieusement bien entendu, 1 centime dans la monnaie de leur choix, par média consommé ? En effet le calcul est rapide, 100 milliard de centimes par an, il y a de quoi faire rêver quelques médecins sans frontières et organismes humanitaires. Et ne vous retournez pas vers les techos en espérant une réponse du style »ah oui mais la c’est difficile de compter, maintenant que l’on a tout ajaxcisé… vous comprenez, le clic c’est difficile à trapper, et puis vous imaginez ce compteur numérique énorme, plus 1 à chaque fois, c’est un coup à éclater le chiffre fétiche de Google...

Vous l’avez compris, qu’on nous dise pas que techniquement ce n’est pas possible alors que l’on peut déjà, chacun de nous, faire de sa page perso une toile d’araignée qui tire ses fils d’info en temps réel. Reste les décisionnaires bien entendu, chez eux la règle ancestrale c’est plutôt, 1 centime c’est 1 centime, il n’y a pas de petite économie, mon business plan me l’interdit ! ma marge serait alors catastrophique et je devrai licencier, brrr...

Donc il ne faut pas espérer que cela change, même en le demandant gentiment, on passe toujours au final pour le mendiant qui vous emmerde à la sortie de l’église. Il faudrait que le tsunami arrive plutôt d’en bas, de la couche de base, des internautes, des consommateurs qui pourraient décider d’eux-même de cliquer ou non sur un lien taggé d’un icône aussi voyant que l’orange du RSS, tenez OhO par exemple (pour paire de jumelles humanitaire, mais laissons les webdesigners faire leurs propositions), indiquant que l’acteur web adhère à une charte humanitaire, donc accorde 1 centime par ouverture d’un média quelconque, sans oublier la page de statistiques sur les sommes versées, accessible à tous et puis on aime aussi les top-ten !

Allez ! réfléchissez-y 5 minutes, pour une geek c’est 1 minute…, 1 centime, 1 enfant qui crèvera un peu moins la faim et qui arrivera peut être un jour à vous remercier via son clavier…

Posté par: Marc le dimanche 12 novembre 2006 à 08:58
 

@Laurent : Avec plaisir :)

@Marc : Tiens je viens de lire EXACTEMENT le même commentaire sur un autre post. Mon cher Marc, même si personne ne niera que la cause humanitaire est plus que légitime et qu'il y a beaucoup à faire de ce côté là, le respect des lecteurs serait un début.

Si ça ne tenait qu'à moi, il y aurait modération des doubles posts. Encore une fois : et la nétiquette ?

Posté par: davidm le dimanche 12 novembre 2006 à 10:18
 

Marc, encore une contradiction à gérer pour concilier nos ego de nantis avec nos volontés d'un peu moins d'inégalités. Je n'ai évidemment pas de réponse à tes indignations légitimes, même si je suis sensible à la force de conviction et la virulence de tes propos. Cependant, il me semble qu'ils manquent de nuances. Non, le web numéro.0 n'est pas à l'image de l'imperméabilité dénoncée par Baudelaire en son temps ... Et non les 'acteurs' du web ne crient pas «Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères ! Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d’ici ?». S'il y a un temps pour tout, il y a aussi un lieu pour tout, aussi u-topique soit-il sur le web. Des réflexions sont engagées sur la thématique et les moyens que tu évoques, je n'en citerai qu'une http://www.worldchanging.com/. Une initiative parmi des milliers d'autres, et ce serait faire offense à ceux qui mobilisent leur temps et leur énergie à faire aboutir ce type de projets que de continuer à dire que rien n'est fait. Pour ma part, je ne suis pas convaincu qu'étaler sous les statistiques et les satisfecit ce que j'engage à titre individuel ou professionnel soit une solution allant dans le bon sens. Du reste, tu abordes uniquement la question sous l'angle d'une approche financière, qui ne me semble être qu'une des composantes et pas forcément la plus urgente à résoudre. J'en veux pour preuve Muhammad Yunus, l’économiste bengladais, nobelisé de la paix 2006. Un prêteur d'espoir qui vient en aide à 60 millions de personnes dans le monde. Le débat devait être ouvert et tu l'as fait, c'est une bonne chose, maintenant libre à chacun de réfléchir puis décider si oui ou non il souhaite agir, et éventuellement comment.

Posté par: Laurent VERMOT-GAUCHY le dimanche 12 novembre 2006 à 16:32
 

@Laurent: merci pour cette réponse posée, j'ai d'ailleurs développé ma proposition dans le billet de François Nonnenmacher. Je sais que beaucoup de personnes préfèrent rester discrets sur leurs participations, mais quand on traverse un bidonville pendant 2 heures entre un aéroport et un hotel à Mumbai, en voyant des centaines d'enfants qui se lavent dans des rigoles d'égouts, on s'aperçoit que les initiatives courageuses paraissent invisibles et qu'il serait temps de trouver un levier qui décuplerait les aides et aussi bien entendu les idées.

Posté par: Anonymous le dimanche 12 novembre 2006 à 21:44
 

Vous écrivez "Aujourd'hui tout le savoir est disponible sous les touches d'un clavier. "

C'est très très loin d'être vrai, des pans entiers du savoir sont absents du web !

Posté par: Anonymous le mardi 14 novembre 2006 à 09:41
 

Autant pour moi, Anonyme, je plaide coupable, crime d'holonymie !
Je réclame des circonstances atténuantes, c'était une image illustrant mon propos. N'étant pas par nature de mauvaise composition, voici la version corrigée enrichie de votre remarque :

"Aujourd'hui de grandes parts de savoirs sont disponibles sous les touches d'un clavier."

Je considère l'affaire close et le préjudice réparé.
Bonne journée, toute la journée ;-)

Posté par: Laurent VERMOT-GAUCHY le jeudi 16 novembre 2006 à 09:37
 

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