Le web 2.0 selon Luc Legay
Luc Legay, vous le connaissez, il est présent dans tous les événements ou presque qui font le web d'aujourd'hui, son blog fait référence pour tous ceux qui veulent rester en prise avec ce qui se passe et ce qui se dit. Il est donc dans une position privilégiée pour croiser les points de vue sur le web 2.0.
Qui êtes vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?
Luc Legay, 45 ans, directeur du développement et designer d'information chez Rampazzo & associés depuis 17 ans.
Je mets actuellement à profit une année sabbatique pour une exploration avancée du Web 2.0, du chaos, des réseaux sociaux et de l'intelligence collective.
Je me suis impliqué depuis plusieurs années dans les communautés internet, notamment pour la promotion de nouveaux usages, pour l’optimisation des interfaces utilisateurs et pour le développement des outils collaboratifs tels que les wikis et les blogs.
J'ai notamment initié en 2003 le projet RU3, un projet collectif destiné améliorer notre compréhension du partage des connaissances et de l'intelligence collective.
Je tente d'utiliser cette expérience pour développer actuellement une plate-forme communautaire d'intelligence collective et de partage d'information, NewsMe.org, qui permettra à l'internaute d'explorer l'information par recoupement de proximités géolocales, sociales et sémantiques avec les autres utilisateurs. Un service, a priori, fortement Web 2.0 !
Si vous deviez expliquer le web 2.0 à tout un chacun, qu’est-ce que vous diriez ?
Si le web est un espace de stockage de l'information, le web 2.0 est celui de l'utilisation de cette information. Sur le Web il y a encore cette séparation entre, d'un coté des producteurs d'information, et, de l'autre, des récepteurs d'information.
Sur le web 2.0 il n'y a que des utilisateurs. C'est un changement fondamental. Aussi important à mon sens que la transition entre l'invention de l'écriture cunéiforme par les Sumériens, 3 400 avant J.-C, réservée à un petit nombre d’initiés, et l'invention de l'écriture cursive, au XIIe siècle, qui sera progressivement utilisée par le plus grand nombre.
Avec cette différence, de taille, qui est que l'utilisation du Web 2.0 n'est pas encore enseignée à l'école. Qu'est-ce qu'on attend ?
Qu’est ce que représente le "web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?
Comme tous les outils d'expression de la pensée, les outils mis à notre disposition par le Web 2.0 (ne) sont (que) des moyens de dépassement de notre condition humaine. Il ne faut pas tomber trop vite dans ce travers qui consiste à vouloir faire reposer nos capacités intellectuelles sur l'outil. Car l'intelligence n'est pas dans l'outil mais bien dans l'utilisateur de l'outil. Le Web 2.0 n'est, ni plus ni moins, qu'une opportunité. Une opportunité de travailler en meilleure intelligence avec les autres. Simplement en partageant nos points de vues, comme ici dans ce blog collectif, et en échangeant nos retours d'expérience avec les autres.
On ne se pose plus aujourd'hui la question de savoir si les fils de cuivre et les ondes hautes fréquence qui constituent l'ossature de l'Internet ont amélioré notre intelligence. De la même façon, le Web 2.0 est une ossature. Ce qui importe à présent c'est son utilisation.
Le web 2.0, et après ?
Le Web 2.0 est-il une marche de plus vers l'internet de l'intelligence collective ?
C'est probable. Car en fin de compte l'engouement démesuré pour ce mot-valise Web 2.0, reflète à mon avis un désir sous-jacent, mais bien réel, du subconscient collectif.
Désir qui consiste à vouloir nous rapprocher toujours plus près d'une connaissance globale, ou étendue, du monde qui nous entoure. Et celui d'incarner finalement cette connaissance.
Sinon quel autre motif valable nous pousserait-il à vouloir augmenter sans cesse la puissance de calcul de nos ordinateurs, à fabriquer de plus en plus de routeurs et de lignes de cuivre pour relier entre-eux ce routeurs, à contribuer à l'encyclopédie collective Wikipedia, et a écrire dans "dessine-moi le web 2.0" ?
Je prendrais volontiers une année sabbatique pour les mêmes raisons, mais pour cela il faudrait que j'aie déjà une carrière derrière moi ...
Je présume que tu as lu et apprécié "The Wisdom of Crowds", par James Surowiecki... C'est peut-être le livre qui m'a incité à chercher plus loin dans le domaine des applications Web 2.0. Une des expériences intéressantes étudiées dans le livre est celle des marchés prédictifs (sur le modèle du Hollywood Stock Exchange, www.hsx.com) qui montre comment l'aggrégation des comportements d'utilisateurs interreliés par un simple mécanisme de marché peuvent générer des évaluations crédibles sur des données complexes.
J'aime beaucoup l'accent mis sur le fait que c'est ce que nous en faisons qui compte et pas l'outil. Je travaille actuellement dans le domaine des wikis, et le challenge n'est pas de réaliser un produit qui fonctionne, c'est de diffuser son utilisation, montrer ce qu'on peut en faire, etc... Et aussi, une fois le projet lancé, de le garder en vie, le porter, le faire évoluer (on ne parle pas de "wiki-gardeners" pour rien...).
Comme d'autres avant elles (l'imprimerie par exemple, tout bêtement !), les évolutions techniques regroupées sous la dénomination "Web 2.0" sont l'occasion d'étudier la structuration de relations humaines, la façon dont elles se développent, cette fois derrière un écran à défaut d'un bout de papier ! Et à ce titre, elles ne peuvent pas être comprises en tant que telles, mais plutôt dans la même logique que lorsqu'on donne une balle à un enfant : tout est possible. Merci à Luc de le rappeller.
Posté par: Guillaume le mercredi 29 novembre 2006 à 03:19
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