Eric Dupin, auteur de l'excellent blog Presse-Citron nous propose le point de vue d'un praticien qui est rentré dans le web 2.0 à reculons pour finaler s'y immerger avec bonheur.
Je suis concepteur web et multimédia indépendant depuis 1999 (j'ai créé ma société il y a 6 ans environ). Je suis également blogueur et consultant à mes heures, et accessoirement créateur de Fuzz.fr, site d'informations collaboratives souvent classé dans les listes Web 2.0
Mon rapport avec le web 2.0 a d'abord été une certaine forme de méfiance, voire de défiance, car j'ai une attitude en général plutôt réservée à l'égard les grands concepts étiquetés par des mots-valises. Puis les choses ont évolué et d'observateur je suis devenu acteur du web 2.0 à trois niveau : d'une part j'écris assez régulièrement sur le sujet dans mon blog, d'autre part j'utilise quotidiennement des services estampillés Web 2.0, enfin avec la gestion également quotidienne de Fuzz, je suis impliqué jusqu'au cou dans l'arrière-boutique d'une vraie application Web 2.0, avec les mains dans le cambouis une bonne partie de la semaine ;-)
Il y a plein de choses passionnantes à dire... et c'est bien là le problème, car le Web 2.0 est aussi un fourre-tout dont il est parfois difficile de cerner les contours. Je m'aperçois qu'il n'est pas aisé de faire passer les concepts emblématiques du web 2.0 à des interlocuteurs non avertis. Pour cela je parle de nouvel internet, puis je fais une digression sur le Web 2.0, qui il faut le reconnaître est un terme pratique, qui sonne bien et qui pour le coup éveille l'attention des non-initiés (les gens aiment naturellement les nombres et les mémorisent mieux). Ca c'est pour la sémantique.
Ensuite je crois que pour décrire la chose on ne peut faire l'économie d'une explication pratique et donc technique, en prenant quelques exemples marquants : l'Ajax/DHTML qui facilite et fluidifie les actions sur une page web sans nécessiter son rechargement : là on est dans le concret, le truc qui va faire gagner du temps à l'utilisateur qui n'a jamais bien compris pourquoi dès qu'il clique sur le moindre bouton sa page disparaît pour réapparaître. Donc ça l'intéresse et chacun comprendra les bénéfices - même imperceptibles - qu'il peut retirer de ce type d'applications.
Ensuite on expliquera rapidement les concepts d'intelligence collective et de crowdsourcing en citant des exemples comme Digg, Wikipedia (même si on sait que certains contestent le rangement de ce dernier sous la bannière Web 2.0) ou Delicious (que personnellement - et paradoxalement - je n'utilise pas). En n'oubliant pas d'insister aussi sur le côté ludique de ce type d'application, car au-delà de participer à une communauté, les gens aiment jouer. Je crois que l'aspect coloré et fun du Web 2.0, qui déstructure l'accès à l'information, est assez peu commenté alors qu'il est une réalité plus importante qu'il n'y parait (l'expression ultime étant l'explosion actuelle des widgets en tous genres).
Puis on parlera pratique et économies en expliquant les flux RSS, puis par exemple Netvibes et Google Docs.
Enfin on concluera par le plaisir (important, le plaisir...) en citant Pandora et son fabuleux génome musical, Flickr et Youtube, et on mettra tout ça dans un joli paquet-cadeau qu'on complètera en expliquant que tout cela n'existerait peut-être pas s'il n'y avait pas d'abord eu les blogs...
Si l'on considère que Youtube est un service Web 2.0 alors une question me taraude et me fascine depusi pas mal de temps : essayons d'imaginer la tournure qu'aurait pris la fameuse histoire de Jerry C., ce guitariste virtuose révélé par une vidéo (de mauvaise qualité) prise dans sa chambre d'adolescent, et qui a été visionnée par des millions d'internautes. Comment cela se serait-il passé, non seulement avant le Web 2.0, avant Youtube, mais même tout simplement avant... le web (c'est-à-dire il n'y a pas si longtemps que cela) ?
Qu’est ce que représente le "web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui ? Euh, pas grand-chose encore, si ? Il faudrait peut-être préciser "... dans le monde des utilisateurs avancés du web". Car il ne faut pas se leurrer : les grands concepts un peu fumeux à mon sens d'intelligence collective, de communautés, de participation à la diffusion de l'information restent encore avant tout des trucs de geeks pour geeks. Le jour ou la ménagère de moins de 50 ans ou votre grand-père participera activement à Digg/Fuzz ou consultera quotidiennement CitizenBay arrivera certainement, mais il faudra juste un peu de temps. Pour le moment rien de nouveau sous le soleil du Web 2.0 : les communautés ce sont d'abord les Skyblogs et les forums de santé ou de bricolage, et c'est ma boulangère qui appelle RTL pour donner son avis sur la candidature de Ségolène Royal. Quand on voit que même sur Digg et ses millions de visiteurs/utilisateurs, seule une centaine de personnes (les geeks des geeks) hyperactives font tourner vraiment le bazar et par conséquent peuvent influer sur la pertinence et la visibilité de l'info, on se dit que nous avons encore du chemin à faire (en même temps finalement : le partage de la construction de l'information est-il réellement une fin en soi ?).
Voilà ce qu'on a à ce jour : le Web 2.0 me permet deux choses assez nouvelles : soit je participe à l'information et j'ai donc une démarche "montante", soit j'utilise des outils pour ma fabriquer ma propre info, celle que je veux recevoir, et je suis plutôt dans une démarche "descendante".
Cela dit, les bases sont là, les choses évoluent vite, "the shit hit the fan" comme disent les américains, et des services comme Flickr et surtout Youtube commencent à émerger dans le grand public qui du coup fait du Web 2.0 comme moi de la prose : sans le savoir.
Je ne crois pas à un web séquenciel avec cette incrémentation numérique. Le web 2.0 restera probablement encore quelque temps, puis viendra l'évolution ultime : le web redeviendra... le web, sans numéro derrière. Ce qui signifiera peut-être que tous les concepts 2.0 auront fait leur chemin, seront assimilés, banalisés et cette fois utilisés quotidiennement par le plus grand nombre.
Mais après un sérieux écrémage ?

Juste un extrait de l'interview de auteur du blog Presse-Citron. Qu’est ce que représente le "web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ? Si l'on considère que Youtube est un service... [Lire la suite]
Trackée le janvier 1, 2007 10:39 PM

Pourrais tu préciser :
"le Web 2.0 me permet deux choses assez nouvelles : soit je participe à l'information et j'ai donc une démarche "montante", soit j'utilise des outils pour ma fabriquer ma propre info, celle que je veux recevoir, et je suis plutôt dans une démarche "descendante"."
Histoire de ne pas rater une marche...
Posté par: Sylvie Le Bars le vendredi 24 novembre 2006 à 14:28
... d'où les guillemets ;-)
En fait je me suis aperçu que les applications estampillées Web 2.0 permettaient d'avoir deux attitudes : soit je considère qu'il s'agit d'une opportunité de publier assez facilement du contenu, de l'information, des opinions et j'agis dans ce sens, soit avec un blog, soit en publiant chez Digg/Fuzz, Agoravox ou Wikipedia, et je participe à "l'intelligence collective" (note encore les guillemets), soit je profite de cet important magma (ou flux) d'information qui vient à moi pour me construire mon propre media personnel (ma page personnalisée dans Webwag ou Netvibes ou encore dans Spotback...).
Pour faire simple, soit j'envoie de l'info, soit je reçois uniquement celle qui m'intéresse.
Soit les deux, bien sûr.
C'est bon, la marche, là ?
Posté par: Eric le vendredi 24 novembre 2006 à 15:18
Enfin trouvé un point de vue sur le Web 2.0 qui intersecte pas mal avec ce que j'en pense. Sur Standblog (qui ne prend pas de commentaires, too bad) Tristan Nitot cite Joi Ito et le traduit. Après un coup de peigne, ça donne ça :
« A titre personnel, je pense que des gens sont en train de construire une Bulle 2.0. Au lieu de construire une plate-forme pour l'avenir du Web, il est possible que le Web 2.0 soit la plate-forme pour le futur à court terme de gens rapaces. Pourtant, je pense qu'il est important de comprendre que les récents succès et innovations sur le Web sont liés à un ensemble de principes à moitié nouveaux. Pour beaucoup, il s'agit de retour à des principes de base. L'innovation sur le Web et sur Internet est pilotée par ce que David Weinberger a appelé "des petits bouts connectés lâchement", un réseau créé par des petits groupes travaillant de concert autour de standards ouverts. »
L'original est là : http://joi.ito.com/archives/2006/10/22/is_youtube_web_20.html
Je trouve ça très rafraîchissant. Qu'en dites-vous, les uns et les autres ?
Posté par: Pierre Vandeginste le vendredi 24 novembre 2006 à 18:50
Eric, si tu es partant pour une marche digestive, je serai ravi de faire ta connaissance au Web 3 ! LVG dossard 451 ;-)
Posté par: Laurent VERMOT-GAUCHY le mardi 28 novembre 2006 à 08:40
Le web 2.0 selon Presse-Citron par Laurent VERMOT-GAUCHY
octobre 2007
Le Blog de groupe Reflect
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