le web 2.0 selon Benoît Mouren

Cofondateur de widiwici, Benoît Mouren éclaire la confusion ambiante sur la nature du web 2.0.

Qui êtes vous et quel est votre rapport avec le web 2.0 ?


Benoit Mouren, 35 ans, passionné d'Internet depuis 1997. Blogueur depuis fin 2004. Cofondateur avec Arnaud Latourrette de widiwici, réseau social pour les sportifs amateurs.

Le web2.0, je suis tombé dedans avant que l'expression n'émerge. Nous (Arnaud Latourrette et moi-même) avons commencé à concevoir widiwici en mars 2005. Donc, évidemment nous n'avions pas l'objectif de faire un site web2.0 puisque personne n'avait encore décrit ce concept !

Ce qui me passionnait à l'époque et que j'ai découvert fin 2004, c'est l'émergence des blogs et des réseaux sociaux. Je dirais que widiwici est entre une espèce de blog collaboratif, un réseau social sportif et un site de rencontre. L'idée est de permettre aux individus sportifs amateurs de se présenter sportivement, d'entrer en contact avec d'autres amateurs, d'échanger et de se mesurer à eux avec un concept innovant : celui des défis. Nous avons appris des blogs l'interêt qu'il y a à valoriser l'individu et à lui donner le contrôle. widiwici est un site communautaire égocentré. Il répond à plusieurs besoins du sportif : se présenter, échanger et partager mais aussi se mesurer aux autres. De la coopétition (coopération et compétition).


Si vous deviez expliquer le web 2.0 à tout un chacun, qu’est-ce que vous diriez ?


J'ai souvent l'occasion de le faire ! C'est vrai que cette étiquette collée à beaucoup de sites suscite des interrogations !

Pour moi, le web2.0 c'est une révolution culturelle. C'est l'émerge d'une culture de la participation. Le contrôle donné aux individus. Quand un nouvel outil de communication émerge, on commence par l'utiliser avec les méthodes des outils précédents. Lors de l'arrivée de la télévision, on faisait de la radio filmée... Pour le web, c'est pareil. Au départ c'était soit un outil de communication d'individu à individu (one to one), on parle d'ailleurs de courrier électronique, on envoie des messages personnels par le réseau, soit de la publicité avec des gifs animés : les fameux sites "vitrine" ou "plaquette" où il fallait d'abord exister sur Internet, soit encore un outil de broadcasting avec les sites portails qui donnaient accès à de l'information ou encore un canal de distribution pour vendre, un minitel en couleurs. Vous vous rappelez du BtoB, BtoC ?

Le web2.0 c'est l'émergence de nouveaux usages. Bien sûr, ils s'appuient sur de nouvelles technos et de nouveaux outils. Bien sûr, il y a des exceptions, des sites web2.0 avant l'heure comme ebay.

Donc pour expliquer de manière simple le web2.0 je dirais que c'est une nouvelle vague de sites et d'outils Internet, plus matures qui placent l'individu au centre et lui donne les moyens de participer, de produire et diffuser ses "oeuvres", d'entrer en contact direct avec les autres, de mobiliser des individus et des groupes pour promouvoir des idées, des projets. Plus besoin de manifester dans la rue, de s'inscrire dans un club de sport, d'adhérer à un syndicat, de regarder le journal télévisé à 20h...

Qu’est ce que représente le "web 2.0 dans le monde d’aujourd’hui, quel impact sur la société, l’économie, la technologie et autres ?


Le phénomène est réçent mais se diffuse très rapidement. Il est maintenant passé dans la sphère "grand public". Les hommes et femmes politiques l'ont intégré dans leur campagne pour les présidentielles, les groupes de musique ouvrent tous leur page sur MySpace, les patrons bloguent... Mais celà procède souvent de manoeuvres tactiques.

Les bouleversements structurels ne sont pas encore vraiment apparents. Le fonctionnement de nos sociétés, leur organisation n'a pas changé. Les cours à la fac sont toujours aussi peu participatifs, les politiques font toujours des campagnes électorales, les commerçants continuent à polluer nos boites aux lettres et nos boites mails... Quelques acteurs émergent, ils sont essentiellement américains même si les projets pullulent partout. On sent beaucoup d'agitation comme en 1999 et on évoque de plus en plus une bulle2.0. Ce qui est certain c'est qu'il faut séparer la composante "ruée vers l'or" attisée par la réussite d'un MySpace ou le rachat pour 1,6 Mds de $ de Youtube par exemple, de ce que concrètement celà apporte dans nos quotidiennes. Il existe une frénésie, une excitation phénoménale mais on ne sait pas encore toujours bien pourquoi. Le fait même qu'on ait du mal à définir ce qu'est le web2.0 est symptomatique.

Un jour, on lit que les grands médias sont condamnés, le lendemain que le web2.0 n'est pas viable parce que sans modèle économique. Je pense qu'il y a un modèle économique au web2.0, c'est celui de la rémunération des contributions individuelles. C'est un modèle économique "longue traîne" ou pleins de petits montants, de petites contributions, de micro communautés forment un gros marché, des flux économiques importants.

La technologie a un impact sur le web2.0 puisque c'est elle qui fournit l'infrastructure nécessaire à son adoption mais je pense pas que le web2.0 ait fondamental un impact sur la technologie. le web2.0 ce n'est pas une révolution technique mais d'usage sur la base de nouvelles technologies.

Le web 2.0, et après


Bonne question. Certainement pas le web3.0 ! Le web2.0 existait avant qu'on en parle. L'expression est devenue tellement galvaudée, qu'elle n'est plus discriminante. Tous les sites qui sortent aujourd'hui sont estampillés web2.0 ! Qui se souvient encore des expressions "multimedia" ou "autoroutes de l'information" des années 90 ?

L'automobile n'est pas un cheval amélioré. Toute innovation majeure est disruptive. Elle remet en cause les fondements des modèles existants. Par définition c'est difficile à prévoir...

Le gros besoin aujourd'hui se situe au niveau d'une meilleure exploitation de la richessse de ces contributions. Il se situe au niveau des outils de recherche. Avoir des outils qui raisonnent comme nous, un peu plus d'intelligence dans le réseau.

Le web2.0 est une étiquette qui a permis de faire passer l'idée que les choses avaient changé qu'on avait dépassé et digéré la folie de la fin des années 90 et la déprime qui a suivi avec le risque de surinvestir en faisant croire à un eldorado.


Publié par Benoit Mouren le lundi 04 décembre 2006 à 09:01
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