L'ami Alexis Mons me demandait de lui parler du web 2.0. Lui plaçait le web 2.0 au pic des espérances. Et moi de lui répondre. Ah ! non ! c'est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire... Oh ! Dieu !... Bien des choses en somme. En variant le ton, -par exemple, tenez
Nicolas Sarkosy : C’est l’Elysée 1.0, et no comment les bloggeurs
Shimon Perez : faites en quelque chose de beau
Ségolène Royal : c’est un coup des RG, lisez le sur mon blog, (qui est aussi un coup des RG). Je songe à reprendre ma liberté!
Gilles Babinet : je fais le 2.0 et puis j’arrête.
Tarik Krim : j'en suis l’homme de l’année, non ?
Emmanuel Parody : la webosphère 2.0, c'est la webosphère 1.0, les chiffres en plus
Pierre Chappaz : j’ai un intérêt minoritaire dans le web 2.0
Loic Le Meur : Je prépare Le Web 3.0. C’est le 2.0 sans les cons !
Rodrigo Sepulvéda : J’en suis le Chief Officer Entertainment
Claire Leproust : c’est TV 2.0 sur Mobile 2.0
Gregory Pouy : le web 2.0, c'est deux fois plus de chances de se différencier.
Fred Cavazza : c'est nouveau, non?
Julien Jacob : c’est Media 2.0
Jacques Froissant : c’est HR 2.0
Ma psy : c’est Lacanien et 200€ la scéance.
Mon coach : soyez positif; c'est 200€ la scéance.
Ma compagne : c’est l’ordinateur dans le lit conjugal
Mon fils de 3 ans : t’étais où aujourd’hui papa ?- chez Eyeka, Melvil - Eyeka.. c'est web 2.0, ça, papa!
Karine Sabatier : le Web 2.0 a une âme
Matthieu Chéreau : l'image en 2.0, le son en 5.1
Guillaume Simon : Kiss le web 2.0
Pascal Mercier : c’est magique, j’en suis à ma 9eme levée de fonds depuis début 2007.
Jean Michel Billaut : c’est l’abolition de la retraite
Yves Languepin : j’aime pas trop cette expression mais…
Alexandre Mars : je rentre en bourse bientôt avec une équipe de stagiaires !
Benjamin Bejbaum : j’ai refusé $ 330 millions ; je me demande si j’ai pas fait une bêtise !
Isabelle André : c'est le coaching participatif.
Laurent Esposito : elle est où la caméra
Jérôme Wagner : la bannières sur internet, c’est la réclame il y a 30 ans !
La direction de la concurrence : montons une commission – Il y a un truc nouveau, ça s’appelle l’internet
Les publicitaires : faut monter une filiale spécialisée…ou rebaptisons la filiale « Interactive ».
Les VC : c’est quoi le modèle économique.
La presse : allez on y va !
Anne-Sophie Pastel : flûte, la presse féminine y va !
Marc Simoncini : a partir du moment où ils couchent ensemble !
Jean Marc Holder : c'est cadeau 2.0
David et Julien : on raconte n’importe quoi et ça marche.
Manuel Diaz : vive la concurrence
François Nonnenmacher : que la force soit avec vous
Richard Piacentini : c'est Ruby, tout simplement
François Bayrou : j’en suis à l’extrême centre
Arnaud de Montebourg : taxons les vraies entreprises Web 2.0 pour financer les faux chômeurs.
Voilà Alexis, ce que je pouvais dire du web 2.0. Cette tirade ne vaut en rien l'original, la vraie, la tirade du nez, d'Edmond Rostand.
Faites moi part de vos suggestions. Vous pouvez aussi participer à la tirade du web 2.0, qui continue ici.
Rappelez-vous, c'était cet été le Gartner avait placé le web 2.0 au sommet du pic des espérances, prédisant l'entrée en phase de maturation et on l'a effectivement sans doute atteind là.
J'ai déjà évoqué les signes de cette nouvelle phase et un paquet de billets appuient le propos. Maintenant, ça se traduit dans des courbes.
Alors, évidemment, certains pensent déjà que le 2.0 c'est fini et qu'il faut chercher la suite. Outre que le flot de nouveautés ne tarit pas et qu'il y a encore du hype, il ne s'agit en fait que de la fin de la phase initiale du processus. Maintenant on en parle moins parce qu'on est en pleine mise en pratique. C'est pour cela qu'il y a de bons événements à ce sujet, notamment Stratégies où je cause la semaine prochaine avec Manuel.
Le 2.0 est mort, vive le 2.0, celui de la mise en pratique de nouvelles relations numériques avec les utilisateurs et consommateurs !
Blogs, éducateurs des relations productives
Dans l'expansion actuelle des blogs, je pense qu'un rôle premier peut leur être attribué : éducateurs de la relation à distance. Le site "Peuplade" va m'aider à m'expliquer. Je marche dans la rue, je suis à Tokyo, en visite, comme ça. Mon mobile me bipe, à 200 mètres de moi marche quelqu'un inscrit sur Peuplade, ou assimilé, dont le système m'affirme qu'il a les mêmes centres d'intérêt ou pratiques professionnelles que moi. On se rencontre, on peut passer un contrat, de quelque niveau de formalisation que ce soit. En quelque sorte, on se connaît. Moralement, intellectuellement, diachroniquement. On a confiance. On a mouillé sa chemise, payé de sa personne pour s'afficher, se risquer. Il y a pour la description de soi les formulaires type Meetic et autres. Si ces descriptions élémentaires ne sont pas dopées par une hyperdescription au long cours donnant une vue sur mes actes, mes pensées, mon background conceptuel et sensible, pourquoi faire le pari que cette coïncidence, exotique et fugitive, peut avoir une efficace ? Pourquoi affirmer que toi, là, qui passes, je peux faire affaire avec toi et monter très vite, à l'instinct, un projet innovant, impossible sans cette connexion ? Il faut un socle à l'aléa, le blog en est un, le réseau de blogs plus encore. L'apprentissage de ces mobilités cardinales apparaît alors comme une nécessité. Et une mission pour les institutions de formation.
Cela fait quelques jours que Loïc a fermé ses commentaires, suscitant un déplacement des conversations (pas forcément comme il l'entendait, mais bon...), ils sont maintenant réouverts et modérés à priori avec une charte à la clé, un épilogue équivalent à celui de la reprise en main du blog de DSK, livré à lui-même qu'il était, montrant une vérité un peu douloureuse pour quelques mythes de l'interaction libérée et autorégulée.
Ce qui est sûr, c'est que le dépositaire du site est chez-lui, il est maître de ce qui s'y passe, et si un instant Loïc a semblé débordé par les événements, il a visiblement révisé ses classiques. On en revient aux bonnes vieilles bases de la régulation et si je trouvais un peu paresseux de déplacer la conversation vers des espaces tiers, il y avait de l'idée. Après tout, on parle de réseau et tout ce qui se dit et se discute sur un billet ne se passe pas nécessairement dans les commentaires et trackbacks de celui-ci, mais cela se veille via des outils appropriés qui permettent aussi de remonter l'activité du sujet sur son site à soi. Alors certes, c'est un peu freiné par l'hétérogéneité des plateformes et les limites des formats RSS historiques, mais on y vient et le web sémantique amplifier l'outillage. Le train est lancé.
Jean-Luc s'est fendu d'un dyptique (acte 1 et 2) suite au rapport Tessier. Il a suscité une belle discussion qui fait écho à bien d'autres (ZDNet, Ecosphere ou encore Cup of Tea).
Au fonds de tout cela, il y a le changement à l'oeuvre dans l'économie des médias et notamment le rôle de la foule dans la production et la qualification de l'information.
C'est dans ce contexte que la sortie d'un USA Today très marqué par les outils sociaux fait beaucoup parler.
Dans le fonds, certains diront qu'il y a là beaucoup de bruit pour rien, commentaires, popularité, RSS et personnalisation étant des lieux communs du web 2. Cela dit, il y a là un exemple plus poussé que les autres en terme d'intégration de la participation dans le service. D'ailleurs on peut se demander s'il n'y a pas glissement du modèle vers le service plutôt que vers l'information, avec l'idée que c'est ce que veulent les internautes puisque c'est cela qu'ils ont plébiscité ces dernières années en faisant de Digg un exemple passé à la photocopieuse depuis. Elle n'a pas finie de tourner !
Mais finalement, qu'est-ce qu'en pensent les lecteurs ? À chaud, surprise, ils n'aiment pas du tout. Qu'est-ce à dire ? J'ai tendance à penser qu'ils ne sont pas insatisfait de l'effort, mais que c'est autre chose qu'ils veulent. Est-ce bien du service qu'ils viennent chercher chez USA Today ? je n'en suis pas certain, il y a des précédents. Et puis, si comme je le pense depuis longtemps, si Digg et les autres sont d'abord des thermomètres à buzz et des instruments d'acquisition de notoriété, la copie proposée est imparfaite et, s'il y a là un business clairement porteur, peut-être est-il un peu décalé de la vocation d'un grand média. Accessoirement, je fait volontiers le lien sur les soupçons d'achat de votes sur Digg pour enfoncer encore un peu plus le clou sur la nécessité de ne pas confondre les fruits et les légumes.
On voit bien qu'on est en phase de généralisation du web 2 et que dans cette première étape, c'est la photocopieuse qui prime. C'est un mal nécessaire, mais il va cependant bien falloir faire preuve de plus de sens de la localisation métier de la boîte à outil. Comme l'a souligné Don Hodge, on se demande où est la conduite de changement et avant cela quelle est exactement la stratégie visée.
Je viens de mettre en ligne sur @archiveSic mon article sur le web 2.0 :
Le succès du web 2.0 : histoire, techniques et controverse.
résumé :
Le succès du web 2.0 nécessite une analyse afin de tenter de définir un terme fortement employé depuis quelques mois mais dont il est très difficile de déterminer les frontières tant théoriques que techniques. Nous tentons ici d'apporter quelques éclaircissements sur ce phénomène.
http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_00133571
Jean-François Gervais est responsable de la filière Multimédia à la Direction de la Formation de l'INA et l'auteur de Web 2.0, les internautes au pouvoir, chez Dunod. Il a pris la peine de lire tout ce qui a pu se dire sur Dessine-moi le web 2.0 avant de publier ce billet, ce qui n'est pas le moindre des exploits. Une oeuvre de synthèse donc.
L'Enterprise 2.0 cherche son ROI, mais les organisations comptent-elles leurs pertes ? par Christine Raphaël
octobre 2007
Le Blog de groupe Reflect