L'Enterprise 2.0 cherche son ROI, mais les organisations comptent-elles leurs pertes ?

Devant la promesse d'un nouveau jouet qui doit être plus mieux que la situation présente, nous nous inquiétons généralement d'avoir une démonstration factuelle des bénéfices escomptés. Et c'est le propre de toute nouveauté de nous vanter son retour sur investissement. Alors, tout le monde connaît Solow et son "les ordinateurs sont partout sauf dans les courbes de productivité" sauf qu'au stade de complexité où nous en somme, s'il ne s'agissait que de technos les choses seraient enfantines.
Or, ce n'est typiquement pas le cas de l'Enterprise 2.0. Ses tenants, moi le premier, luttons à longueur de posts et de conférences pour mettre l'organisation et le modèle plutôt que la caisse à outil au centre du sujet, mais le fait est que les études de cas se transposent avec précaution, surtout quand je répête moi-même, là aussi à longueur de posts et de conférences, que le business-model et sa différentiation son identité sont centraux, donc impactant.
Si tu viens pas à l'Enterprise 2.0, l'Enterprise 2.0 vient déjà à toi et la question n'est donc plus de savoir s'il faut, mais quand et comment, d'autant qu'il suffit de regarder la situation présente pour mesurer la létalité des modèles en place.

Ce qui me frappe en effet sur le terrain c'est de faire l'état de situations en fin de course, dépassés par l'accroissement du rythme et des volumes d'échanges et d'informations, dont la décrépitude déteint sur celle de la structure elle-même sas que cela inquiète vraiment, où alors quand l'encéphalogramme est plat.
L'infobésité est à ce titre un cancer parfaitement généralisé et dont beaucoup de monde se plaint tout en s'en accommodant comme une sorte de mal nécessaire. L'usage immodéré du mail pour tout est symptôme classique et un terreau propice à de vrais écosystèmes innovants en terme de stratégies de survie.
On ne prête pas assez attention à ces collaborateurs noyés dans leurs flux, en situation de stress sur l'idée de passer à côté de l'information à ne pas rater. Quand ils ne sont par ailleurs plus vraiment maîtres de leurs agenda, partagés et en gestion déléguée, on peut s'interroger sur la définition du verbe "subir". Normal que l'on en arrive à des drames.
Le vrai changement de ce nouveau siècle c'est que, dorénavant, TOUS les personnels d'une entreprise produisent et traitent de l'information et que la performance du système d'information adresse directement la valeur de l'entreprise.

À ce stade, d'aucun me diront que la faute en revient à un déficit de régulation, formation ou même de gouvernance et ils ont bien raison. Cela dit, essayez de vendre et surtout de mettre en oeuvre un programme d'écologie numérique consistant à faire développer de bonnes pratiques aux utilisateurs, tous échelons confondus ? Non, il faut inscrire cela dans un changement plus disruptif, mais il ne faut pas l'oublier non plus.
Je ne parle évidemment pas d'une approche bêtement outil, sans modèle ni positionnement d'ensemble. Celles-ci ne viennent que surajouter du bruit et augmenter l'infobésité. Cela n'a pas de sens, c'est le modèle organisationnel qui est la cause profonde et avant lui le souci de mettre les outils de l'information au coeur et d'en considérer la valeur centrale. L'Enterprise 2.0, c'est un état d'esprit avant tout et avant les instruments qui lui donnent corps.

Vous l'avez compris avant même de regarder chercher des bénéfices, la réduction des pertes en tout genre peut être un excellent sujet. Encore faut-il mesurer les pertes en question. Force est de constater que s'il y a bien des chiffres sur l'amélioration de la performance couplée à une stratégie ambitieuse en matière numérique, déterminer des étalons à l'aune desquels les choses peuvent se juger n'est pas évident. J'aurai cependant la propension pratique à observer que les jours d'arrêts maladie sont quantifiables, le rapport entre messages traités et stratifiés en "à faire" ou simplement supprimés sont déjà de bons indicateurs. Et puis un simple ratio entre informations reçues et disponibilité réelle à pouvoir les traiter est aussi assez intéressant à évaluer.

L'Enterprise 2.0 doit démontrer sa valeur, nous en sommes d'accord, mais déjà, un bon état de lieux de la situation est à même de dégager des objectifs on ne peut plus clair pour sortir des pertes, souffrances et autres non-productivités. Et si vous commenciez à évaluer les progrès à faire ?


Publié par Alexis MONS le lundi 29 octobre 2007 à 18:16
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 Commentaires

J'ai lu avec grand interet votre article et j'en partage le point de vue.
Nous avons sortie un livre blanc sur l'usage commercial des reseaux sociaux pour l'entreprise 2.0.
Business Social Networking version 2 sortira début 2008 avec comme objectif de donner le ROI d'une telle démarche. Je souhaite que la nature des résultats permettra de passer dans une phase exploitable pour le plus grand nombre des entreprises dans l'économie numérique.

Posté par: herschkorn le mardi 30 octobre 2007 à 07:57
 

Je partage votre analyse sur le sujet et il est vrai que les projets Enterprise 2.0 sont souvent résumés à une problématique d'outils et de technos alors qu'ils doivent répondre à un changement plus fondamental dans la façon dont l'entreprise opère (hommes, processus, gestion de la connaissance et culture d'entreprise). La notion de ROI est alors plus complexe à appréhender. J'ai par ailleurs publié récemment un post sur le sujet intitulé "Enterprise 2.0 ... show me the ROI".
http://www.saastream.com/my_weblog/2007/09/enterprise-20-s.html

Posté par: Christian Smagg le dimanche 04 novembre 2007 à 18:03
 

La difficulté de la mesure du ROI vient du fait de l'impossibilité d'isoler les facteurs 2.0 parmi les autres facteurs qui influencent la productivité de l'entreprise. Quelque part, on retrouve ce même questionnement avec le ROI des programmes de formation. Par contre, dans un modèle de gestion des performances tel que proposé par l'approche du balanced scorecard, il est facile de repérer la manière avec laquelle les outils 2.0. vont pouvoir soutenir les axes R&D (compétences), process, et clients déterminant les résultats financiers de l'entreprise.

Posté par: Christophe Crévieaux le lundi 05 novembre 2007 à 15:53
 

Pas d'outils en avant pour l'E2, dites-vous ?
Mais qu'est-ce que le web2 si ce n'est justement et concrètement l'utilisation d'outils de plus en plus simple à appréhender (pour ceux-L qui utilisaient déjà internet...).
Votre modèle entreprise 2 est basé non sur la communication mais l'aptitude à utiliser des outils de communication autre que les mails ... dans le cadre de groupe spontané d'intérêts identiques... cela devrait être un moteur, mais les process de présentation des individus sont totalement inclus dans les outils sociaux... Et peu en font partie vraiment.(=1-formation et découverte d'utilité et/ou d'utilisation..)

Sinon que la pub reste le facteur inflationniste et sacralisé: mais c'est encore le même défaut partagé: sur-abondance d'intérêts partagés ... en vue de quelle mission deja ? (2= outils specialisés)
Traiter l'info semble être le moteur principal.
... schema ancien d'ailleurs...
mais justement, il n'y a plus de schema ..(3=simplifier/appréhender/schematiser); mais des fils de textes ...
Il manque un planisphère, une carte globale des informations les plus significatives... le viel editorial et sa suite de titre/intro/texte est entrain de disparaitre à l'agglomeration d'une info compilée... mais le web2, ce n'est pas cela non plus... non "ce devait être" un internet "intelligent", qui comprend les mots (semantic)
..; nous en sommes loin, car le traitement de cette info se fait par statistique quantitative et non qualitative: en un mot le web2 est d'abord une interface améliorée. L'open , le libre se dessinent comme un modèle ouvert pour tout individu... une entreprise 2 est encore une interface entre tous les clients qui se présentent par millions et l'offre de son outils phare (la mise en relation par les humains eux-mêmes). Mais ce qui apparaît c'est le développement, par des non-entreprises ou par des individus, de nouvelles applications dérivées ...

Posté par: Ark_E le lundi 26 novembre 2007 à 19:04
 

Tout à fait d'accord avec ce post. Le web2 arrive dans nos entreprises, qu'on le veuille ou non. Les modèles économiques ne sont pas là, mais il faut se lancer quand même, faire avec ce que les internautes/clients attendent de nous et s'adapter à leur mode de consommation. De toutes façons, nosu allons vivre un moment de grand flottement en attendant ces fameux nouveaux modèles, alors autant se lancer...

Posté par: Christine Raphaël le jeudi 06 décembre 2007 à 15:13
 

Bon article!
De quoi y voir un peu plus clair !

Greg LOUIS-LOUISY
http://mbaebusiness.ning.com/group/web20et30/

Posté par: Greg LL le vendredi 18 avril 2008 à 15:57
 

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