Beaucoup d’universités, pour ne pas dire toutes, prennent position aujourd’hui dans l’économie de la connaissance, l’économie numérique, l’économie du don. Elles comprennent la valeur de leur patrimoine intellectuel. Les articles scientifiques sont de plus en plus publiés en archives ouvertes. Depuis peu, nous nous intéressons aussi à nos patrimoines pédagogiques, les produits de l’intelligence ordinaire de l’université. Nous commençons des campagnes systématiques d’enregistrement. Ces enregistrements podcastables ont beaucoup d’utilité : favoriser la compréhension des jeunes étudiants, qui ont du mal à entrer dans les langues scientifiques, stimuler le travail en groupe, adapter l’université à la vie quotidienne d’étudiants salariés pour 30% d’entre eux, rendre accessibles les universités.
« Dessine-moi le Web deux zéro » s’est demandé ces derniers temps si la chose 2.0 était à ce point admise qu’il n’y aurait plus rien à en dire. 2.0, le simple label de l’actuel ? Ainsi les Inrockuptibles viennent-ils de publier un article « l’université 2.0 » (numéro 599 du 29 mai 2007) dans lequel est fait l’éloge de deux établissements, le Collège de France et l’ENS, qui mettent à disposition de leurs publics des enregistrements podcastables de conférences. Deux établissements, pas n’importe lesquels, monuments parisiens, quasi sans étudiants, en tout cas différents de l’université ordinaire, faite des 17 universités « de masse », qui assume en Île-de-France l’essentiel des 300 000 étudiants.
Un Web 2.0 universitaire, c’est un modèle idéal de changement des universités, par l’intérieur. Mais une base vidéo podcastable, si riche, si prestigieuse qu’elle soit, cela ne suffit peut-être pas à apposer le fameux label. Même si cela fait un joli titre, ce qu’on ne reprochera pas aux Inrocks, loin de là.
A condition qu’on aille un peu plus loin. L’université 2.0, ce n’est pas seulement une technologie apparentée au Web 2.0, introduite à l’université, c’est une université qui tire parti de sa nature de réseau humain savant, pour animer son territoire et jouer un rôle moteur dans l’économie numérique.
Blogs, éducateurs des relations productives
Dans l'expansion actuelle des blogs, je pense qu'un rôle premier peut leur être attribué : éducateurs de la relation à distance. Le site "Peuplade" va m'aider à m'expliquer. Je marche dans la rue, je suis à Tokyo, en visite, comme ça. Mon mobile me bipe, à 200 mètres de moi marche quelqu'un inscrit sur Peuplade, ou assimilé, dont le système m'affirme qu'il a les mêmes centres d'intérêt ou pratiques professionnelles que moi. On se rencontre, on peut passer un contrat, de quelque niveau de formalisation que ce soit. En quelque sorte, on se connaît. Moralement, intellectuellement, diachroniquement. On a confiance. On a mouillé sa chemise, payé de sa personne pour s'afficher, se risquer. Il y a pour la description de soi les formulaires type Meetic et autres. Si ces descriptions élémentaires ne sont pas dopées par une hyperdescription au long cours donnant une vue sur mes actes, mes pensées, mon background conceptuel et sensible, pourquoi faire le pari que cette coïncidence, exotique et fugitive, peut avoir une efficace ? Pourquoi affirmer que toi, là, qui passes, je peux faire affaire avec toi et monter très vite, à l'instinct, un projet innovant, impossible sans cette connexion ? Il faut un socle à l'aléa, le blog en est un, le réseau de blogs plus encore. L'apprentissage de ces mobilités cardinales apparaît alors comme une nécessité. Et une mission pour les institutions de formation.
Enseignant-chercheur à l'Université Paris V, Sophie Pene y a lancé une intéressante expérience d'écriture web basée sur une plateforme de blog et qui compte aujourd'hui plus d'une centaine de carnets ouverts. Nous sommes donc ravi de relayer cette expérience et d'entendre son point de vue sur le web 2.0
L'Enterprise 2.0 cherche son ROI, mais les organisations comptent-elles leurs pertes ? par Greg LL
octobre 2007
Le Blog de groupe Reflect